Désenchantement dans l'ombre profonde
BRACER
Iridescence cessant au milieu de la gloire
De nos jours, rares sont les visiteurs qui se rendent au manoir perché dans les montagnes, propriété du plus éminent des snegovik. Bien qu'on raconte qu'autrefois, de nombreux seigneurs nobles s'y rendaient, munis d'invitations gravées d'or, pour festoyer entre ses murs. La jeune fille aux cheveux argentés faisait autrefois partie de ceux-ci, même si, à cette époque, elle n'était pas encore devenue une mage des ombres et n'avait pas encore franchi les portes secrètes. À l'époque, elle n'était qu'une servante de la cour qui accompagnait docilement l'empereur du Nord. Les bavardages futiles des nivéoles étaient toujours d'une banalité affligeante. De plus, en tant que mortelle, la jeune fille attirait trop de regards de la part de ceux qui n'étaient pas de son espèce, c'est pourquoi elle s'éclipsa de la salle de banquet... Malheureusement, l'intérieur de cet édifice millénaire était un véritable labyrinthe, et lorsque la jeune fille, qui ne pensait qu'à grimper, se rendit compte de son erreur, elle avait déjà oublié le chemin du retour. Pour revenir sur ses pas, elle allait devoir se frayer un chemin à travers un dédale de couloirs sinueux et d'escaliers interminables, tandis que le clair de lune projetait ses jeux de lumière à travers les fenêtres. Mais au cœur de ce silence désolé, la jeune fille trouva enfin la paix qui lui avait si longtemps échappé. Ce n'est que lorsque la présidente du banquet, la souveraine snegurochka, apparut derrière elle qu'elle comprit que la maîtresse du givre et de la glace s'était elle aussi lassée depuis longtemps des clichés et des banalités de ses invités, et que toutes deux avaient déjà tourné le dos au banquet. Elle lui montra les nombreuses peintures, sculptures et énigmes cachées dans le manoir, et la jeune fille les découvrit avec un esprit et une grâce qui la distinguaient déjà des autres. Enfin, alors que leur conversation touchait à sa fin, la souveraine snegurochka révéla tout le savoir-faire des nivéoles{NON_BREAK_SPACE}: une cour entière sculptée dans une glace qui ne fondrait jamais. On y voyait des tours s'élevant comme des piliers de sel et des arbres qui se balançaient sans qu'un souffle de vent se fasse sentir, ainsi que de l'herbe d'un blanc pâle, des fleurs de givre, des lapins et même un imposant élan. Tout défila sous leurs pieds, comme un rêve qui jaillit soudainement du côté de l'oreiller d'une tête endormie. Comme si elle avait perçu le désir dans le regard de la jeune fille, la souveraine snegurochka s'empressa de lui adresser un avertissement. « Même la glace qui ne fond jamais n'est rien d'autre que l'œuvre de la magie, et ne peut donc pas durer éternellement. Ce que vous voyez n'est qu'un jeu fugace d'ombres et de lumières, empreint du sang des esclaves de jadis. Même si les serviteurs du passé étaient capables d'accomplir de tels exploits, les humains, qui étaient autrefois les maîtres, ne peuvent plus retrouver leur gloire d'antan. » Au moment de se séparer, la souveraine snegourotchka lui confectionna une fleur en soie. Contrairement à la glace, qui ne fond jamais, les couleurs vives de la soie finiraient par s'estomper, mais la matière elle-même durerait bien plus longtemps. Alors qu'elle regardait la souveraine snegourochtka épingler le cadeau de soie sur sa poitrine de ses longs doigts fins, la jeune fille dit en souriant : « Je croyais... que vos talents ne s'exprimaient que dans la manière dont vous maniez le pouvoir pour façonner toutes choses à partir de la glace et de la neige. » La souveraine des Snegurochka répondit : « Aksinya, ce n'est jamais la main qui est habile, mais le cœur. C'est la preuve de notre amitié. À partir de maintenant, peu importe quand, je serai ravi de vous accueillir ici. »
